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lundi 28 juillet 2014

L'écovallée de la Sée: des perspectives d'emploi importantes

L’avenir, c’est du passé en préparation

Pierre Dac


En pleine révolution industrielle au tournant  du  19ème siècle, la Sée, petit fleuve côtier qui serpente dans la vallée, a vu se développer de nombreuses entreprises  qui profitèrent de l'énergie hydraulique pour prospérer, d'où son nom de vallée des cent moulins. La seconde moitié du XXè siècle annonce le déclin de ces industries qui ferment les unes après les autres. Que reste t’il aujourd’hui de ce passé glorieux, pas grand chose. La Sée s'est endormie dans le lit de son bocage normand en ayant comme principal compagnon les saumons qui lui font remonter le temps. La vallée tire ses ressources  des nombreuses exploitations agricoles dédiées principalement  à l'élevage bovin et à la production laitière, mais pour combien de temps encore ? On se souvient de la récente crise laitière qui a fait disparaître plusieurs exploitations.Telle une gangrène, la désertification rurale ronge peu à peu le territoire dont seuls   quelques élus tentent encore de nous faire croire à un sursaut. Le métier d’agriculteur ne ressemble en rien avec ce qui se pratiquait il y a encore dizaine d’années. La ruralité a perdu son mentor en la personne de Jacques Chirac et les agriculteurs doivent  désormais faire face à une mondialisation féroce. Le métier est complexe, exige des compétences multiples: savoir investir, tenir les comptes, s'y connaître en chimie. Sans parler des subventions de la politique agricole commune qui ne sont pas toujours bien vécues. "Petit à petit, les paysans se sont fait fonctionnariser: aujourd'hui, leur salaire, ce sont les primes qu'ils n'ont pas demandées; ils voudraient simplement une juste rémunération de leur travail, mais pas d'assistanat". Un discours que se gardent bien de leur déverser les politiques préférant  entretenir le flou. Bulletin de vote  oblige. Ceux qui ont hérité de leur ferme subissent une pression supplémentaire: ils se doivent de réussir, pour transmettre à leur tour. "Celui qui échoue signe la fin du patrimoine, il est responsable de la rupture générationnelle" Conséquence, le nombre d’exploitations agricoles ne cesse de chuter entraînant dans leur dégringolade la fermeture des écoles et des commerces de proximité et, par voie de conséquence le déclin des communes et de la ruralité que la loi ALLUR vient amplifier.
Dès la fin des années 80, la commune de Brécey puis la vallée de la Sée relèvent le défi et parient sur le développement économique. L'émergence de nouvelles entreprises (Aptar Stelmi, Reverdy, Agrial, AToll etc..) , l'extension de quelques sociétés "historiques" (Alphonse James, Rémi James, Leforgeais, Terre d'ici, LTP Loisel et quelques autres) et la présence d'un artisanat solide redonnent l'espoir. L’emploi se développe, et le territoire est réinvesti grâce à une politique de l'habitat volontariste. Frappé de plein fouet par la crise des subprimes en 2008 , la collectivité ne se laisse pas abattre pour autant sachant que le développement économique n'est pas affaire de chance; il relève d'une politique rationnelle qui exige confiance et créativité et s'inscrit dans une démarche partenariale dans lesquelles les compétences sont associées pour atteindre des objectifs communs.

L’indispensable diversification


Aujourd'hui l'avenir semble s’éclaircir malgré certaines réformes dont on ne comprend pas toujours les objectifs réels ou supposés à défaut d'en voir les effets.  À Brécey Aptar STELMI a obtenu son permis de construire dans les meilleurs délais pour permettre son extension grâce à l'action concertée entre l'État et ses services et avec le concours des collectivités. Les extensions de deux autres entreprises importantes de la vallée sont également à l'étude avec, à la clé, plus d'une cinquantaine d'emplois. Quant à l'écoparc du Val de Sée, un projet ambitieux qui a misé sur le développement durable, il se révèle porteur d'un espoir considérable. Déjà, avant même que la commercialisation ne soit vraiment   engagée, une dizaine de chefs d'entreprises extérieurs manifestent leur intérêt pour ce complexe et leur implantation dans le Sud Manche. Ces perspectives représentent près de deux cent emplois supplémentaires. Une bouffée d’oxygène qui   devrait faire respirer un grand nombre d’habitants en réinsérant des hommes et des femmes, éloignés de l'emploi depuis longtemps. Pour preuve, le 25 juillet dernier une entreprise nationale et un groupe hollandais, rencontrés à Brécey se disent disposés à investir dans 20 hectares de serres chauffées par un réseau de chaleur innovant pour la production de tomates sous serres. Reste à convaincre  la SAFER que j’ai sollicité  par courrier pour les convaincre à mettre à la disposition de ces entrepreneurs ,40 hectares de terres à terme dont 20ha dès a présent. Une fois de plus, l’alliance entre État et collectivités locales ont été mises à contribution pour relever ce défi, qui générerait 7 emplois par hectare, soit 120 pour les 17 premiers hectares exploités. Ce qui n’est pas rien. J'entends déjà d'ici les persiflages des sceptiques et des pseudos " conservateurs" qui n’ont pas tout compris, ou ne veulent pas comprendre la nécessité d’opérer une diversification économique. Rompre avec certaines pratiques et traditions ne signifie pas tirer un trait sur notre culture. Les exemples sont nombreux notamment dans les domaine de l'habitat, des énergies et de l'agriculture. L’audace et le volontarisme sont la seule issue pour sortir la France de sa torpeur, à condition toutefois que l'Etat et les élus fassent front commun pour s'opposer aux lobbys qui ne cherchent qu'une chose : protéger leurs intérêts. Le département de la Manche s'est lancé lui aussi dans une politique de rupture avec un vaste programme de stockage de l'énergie. L'écovallée de la Sée lui a emboîté le pas; nous en observons aujourd’hui les premiers effets. Nous ne sommes qu’au début d’une grande aventure, mais la partie n’est pas gagnée. Il reste du chemin à parcourir pour surmonter les obstacles. J'ai néanmoins la faiblesse de croire que la réunion des volontés et des intelligences est la réponse. "N'ayez pas peur" nous disait Jean-Paul II. En cela il rejoint Marc Twain et les adeptes de l'innovation de rupture:" ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait", le pr. Jean Mathiex n'hésitant pas à dire qu'en économie "un révolutionnaire, c'est un terroriste qui réussit".