1204, le duché de Normandie tombe aux mains de Philippe
Auguste , roi des Français, trois siècles après la signature du traité de Saint
Clair sur Epte en 911... Trois siècles d'un règne normand interrompu par le
naufrage de la Blanche Nef . Les prétendants mâles à la succession de Guillaume le Conquérant
disparaissent dans les flots par une nuit d'ivresse. Reste Mathilde qui s'allie avec Geoffroy de Plantagenets;
elle ouvre la porte du Duché aux
Angevins que les bretons n'ont jamais pu franchir. Ce n'est pourtant pas faute
d'avoir essayé. Angevins, bretons ou assimilés semblent avoir été souvent
porteurs de déclin pour les normands alors qu'ils sont si bons sur leurs
terres. Ils ont mis fin également à l'ère
normande enSicile: avec Charles d'Anjou les
français seront massacrés aux vêpres siciliennes en 1282 puis chassés au
bénéfice des aragonais.

Au fil des siècles,
la Normandie devient une terre de passage et d''accueil sous dominance des rois français alors que la
lignée de Mathilde et des angevins s'épanouit en Angleterre. Leurs descendants
reviendront pendant la guerre de cent ans mais il faut attendre la fin du 20ème
siècle pour que nos velléitaires cousins s'installent pacifiquement dans le
Sud Manche où, coïncidence, règne un Angevin. Pendant plus de quarante années en
tant que maire d'Avranches , président du conseil général , sénateur et membre
du Conseil constitutionnel, maître Léon Jozeau Marigné aura autorité dans un bocage
en pleine désertification. On assiste à la léthargie d'un territoire plongé dans les abîmes de
l'immobilisme. Deux bretons lui succèdent: armés d'un mandat de député et
maires d'Avranches pendant 30 années,
nos deux compères avaient le pouvoir de l'en sortir. Encore fallait-il qu'ils
en aient la volonté et la capacité. On le constate aujourd'hui avec G.Huet, il est plus
facile de parader en accentuant les moulinets du bras avec d'autant plus
d'énergie qu'on est impuissant.
Honni soit qui mal y pense
Mais ne soyons pas sectaires. Leur compère Jean Bizet,
né au Teilleul comme son père Emile
Bizet ancien député, est bien de notre terre. Sénateur depuis prés de 20
années, Jean Bizet n'a pas fait preuve de plus d'efficacité. Il avait pourtant
du jeu et de bonnes cartes en mains. Président du pays de la Baie, il disposait
là d'un excellent outil pour mettre un terme à cette somnolence. Au lieu de
cela, Il n'a eu de cesse d'en alourdir les finances, s'offrant même le luxe de
porter le salaire de sa directrice,l'épouse de son assistant parlementaire, au
niveau de celui d'un haut fonctionnaire en fin de carrière...Un mélange étrange qui
mijote sur le dos du contribuable. Et, pour donner plus de goût à ses plats, le
chef les relève avec des fonds européens qui viennent s'ajouter et grossir sa
carte augmentant du même coup son enveloppe parlementaire bien utile pour
rendre les élus redevables. Et bien non, les élus de base ne mangent plus de ce
pain là. Certes en 2007, le ministre qui a eu l'audace de se présenter à la
députation a été rejeté par le Sud
Manche mais les élus du département l'ont repêché trois années plus tard pour
le Sénat. Une belle perte de temps
toutefois pour notre territoire qui a fait l'économie d'un homme compétent.
Pour autant, ce choix exprime enfin une prise de
conscience d'élus ruraux habitués à suivre et à subir. Ils ont décidé de rompre avec la fatalité du
déclin. Nos aïeux nous ont légué un tempérament conquérant et rebelle qui s'est
révélé dans les périodes difficiles de notre histoire, un esprit créatif et
constructif. Le temps est arrivé de ne plus courber l'échine devant le dictât
d'une petite poignée de politiciens de 5ème rang. Le résultat des élections de
la communauté de communes du Mortainais, le 14 janvier dernier, semble marquer
le début d'une fronde qui confirmerait une volonté de reprendre en main notre
destin. En apparence du moins, c'est le refus d'un avatar de la démocratie qui tend à réduire le débat local et
à soumettre les élus au bon vouloir d'un petit chef. À moins qu'il ne soit qu'une
attitude suicidaire menant au "tout pour le tout", traduisant ainsi
un profond désarroi . En d'autres termes, "plutôt le déluge que la soumission".
Une chose est sûre cette rébellion est fragile mais elle est l'amorce d'un
changement qui doit nous interroger et nous conduire vers des pratiques de
gestion plus participatives. La réforme territoriale ne réussira qu'au prix d'une démocratie de proximité.