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samedi 26 janvier 2013

Manche: Le déclin du mortainais n'est pas une fatalité

1204, le duché de Normandie tombe aux mains de Philippe Auguste , roi des Français, trois siècles après la signature du traité de Saint Clair sur Epte en 911... Trois siècles d'un règne normand interrompu par le naufrage de la Blanche Nef . Les prétendants mâles  à la succession de Guillaume le Conquérant disparaissent dans les flots par une nuit d'ivresse. Reste Mathilde  qui s'allie avec Geoffroy de Plantagenets; elle  ouvre la porte du Duché aux Angevins que les bretons n'ont jamais pu franchir. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayé. Angevins, bretons ou assimilés semblent avoir été souvent porteurs de déclin pour les normands alors qu'ils sont si bons sur leurs terres.  Ils ont mis fin également à l'ère normande enSicile:  avec Charles d'Anjou les français seront massacrés aux vêpres siciliennes en 1282 puis chassés au bénéfice des aragonais.
 Au fil des siècles,  la Normandie devient une terre de passage et d''accueil  sous dominance des rois français alors que la lignée de Mathilde et des angevins s'épanouit en Angleterre. Leurs descendants reviendront pendant la guerre de cent ans mais il faut attendre la fin du 20ème siècle pour que nos velléitaires cousins s'installent pacifiquement dans le Sud Manche où, coïncidence, règne un Angevin. Pendant plus de quarante années en tant que maire d'Avranches , président du conseil général , sénateur et membre du Conseil constitutionnel, maître Léon Jozeau Marigné aura autorité dans un bocage en pleine désertification. On assiste à la léthargie  d'un territoire plongé dans les abîmes de l'immobilisme. Deux bretons lui succèdent:  armés d'un mandat de député  et maires d'Avranches   pendant 30 années, nos deux compères avaient le pouvoir de l'en sortir. Encore fallait-il qu'ils en aient la volonté et la capacité. On le constate aujourd'hui avec G.Huet, il est plus facile de parader en accentuant les moulinets du bras avec d'autant plus d'énergie qu'on est impuissant.

 Honni soit qui mal y pense

 Mais ne soyons pas sectaires. Leur compère Jean Bizet, né  au Teilleul comme son père Emile Bizet ancien député, est bien de notre terre. Sénateur depuis prés de 20 années, Jean Bizet n'a pas fait preuve de plus d'efficacité. Il avait pourtant du jeu et de bonnes cartes en mains. Président du pays de la Baie, il disposait là d'un excellent outil pour mettre un terme à cette somnolence. Au lieu de cela, Il n'a eu de cesse d'en alourdir les finances, s'offrant même le luxe de porter le salaire de sa directrice,l'épouse de son assistant parlementaire, au niveau  de celui d'un haut fonctionnaire en fin de carrière...Un mélange étrange qui mijote sur le dos du contribuable. Et, pour donner plus de goût à ses plats, le chef les relève  avec des fonds européens qui viennent s'ajouter et grossir sa carte augmentant du même coup son enveloppe parlementaire bien utile pour rendre les élus redevables. Et bien non, les élus de base ne mangent plus de ce pain là. Certes en 2007, le ministre qui a eu l'audace de se présenter à la députation  a été rejeté par le Sud Manche mais les élus du département l'ont repêché trois années plus tard pour le Sénat. Une belle perte de temps toutefois pour notre territoire qui a fait l'économie d'un homme compétent.

 Pour autant, ce choix exprime enfin une prise de conscience d'élus ruraux habitués à suivre et à subir. Ils ont décidé de rompre avec la fatalité du déclin. Nos aïeux nous ont légué un tempérament conquérant et rebelle qui s'est révélé dans les périodes difficiles de notre histoire, un esprit créatif et constructif. Le temps est arrivé de ne plus courber l'échine devant le dictât d'une petite poignée de politiciens de 5ème rang. Le résultat des élections de la communauté de communes du Mortainais, le 14 janvier dernier, semble marquer le début d'une fronde qui confirmerait une volonté de reprendre en main notre destin. En apparence du moins, c'est le refus d'un avatar de la démocratie qui tend à réduire le débat local et à soumettre les élus au bon vouloir d'un petit chef. À moins qu'il ne soit qu'une attitude suicidaire menant au "tout pour le tout", traduisant ainsi un profond désarroi . En d'autres termes, "plutôt le déluge que la soumission". Une chose est sûre cette rébellion est fragile mais elle est l'amorce d'un changement qui doit nous interroger et nous conduire vers des pratiques de gestion plus participatives. La réforme territoriale ne réussira qu'au prix d'une démocratie de proximité.