A l'époque des normands, on criait
Haro pour se plaindre d'une agression ou d'une décision contre ses biens ou ses intérêts; depuis on s'en sert lorsque l'on veut jeter quelqu'un dans la fosse aux lions. Jean de
La Fontaine a remis ce terme d'actualité dans les animaux malades
de la peste, "ce mal qui répand la terreur" . Un pauvre baudet passant par là fût
le coupable idéal... Son forfait, fit oublier ceux du tigre, de
l'ours et des autres puissances auxquels on pardonna les offenses... " tous les
gens querelleurs jusqu'aux simples matins devinrent des petits saints.. Tous
crièrent Haro sur le Baudet". Doux et tendre, serein et courtois,
ni bête ni méchant, le pauvre baudet fit l'affaire de tous. Quelle
affaire! Les siècles ont passé, la peste a été vaincue,
mais elle a fait place à une autre, qui s’est répandue lentement, et
insidieusement depuis une trentaine d’années : la crise économique avec sa
panoplie de précarité et de chômage. De cette peste-là, on peut aussi en mourir
si l’on ne dispose pas du vaccin pour s’en prémunir. De nombreux français, les rusés du CAC 40, ont la
bourse, le fric, le pognon pour antidote; les autres sont à la merci d'économistes en chaise longue, plus enclins à se tacler qu'à s'unir pour trouver le bon remède.
De baudet ne disposons plus; mais les français ont trouvé une victime en la personne d'un
président dont les qualités lui sont un peu semblables ... Il est intelligent*, certes, bien qu' il lui manque parfois cette
étincelle de génie qui éclaire les grands hommes. Comme lui il avance lentement quand il ne renâcle pas...Une preuve de prudence et d'attention; il réfléchit, il flaire, il prend son temps car il est patient. Pour autant il n'est pas toujours un grand stratège;
sa vision de l’économie mondiale se résume à croire en sa chance, et à attendre
des jours meilleurs; de la chance il en a; l'affaire Strauss Kahn en témoigne. Il a su saisir l'opportunité; mais d'opportuniste en girouette il n'y a qu'un pas. Edgard Faure disait à ce
propos: " Ce n’est pas la Girouette qui change, c’est le vent "
Et c’est justement, de ce dernier dont il est question.
Coup de vent à l'ouest... du Grand Ouest.
Ce
vent d’Ouest qui pénètre dans les terres... Ce vent breton qui hurle haro
ou « Tally-Ho ». C’est l’allali conduite à gorge déployée par des bonnets
rouges qui gagnent peu à peu la France entière, animés par des "aboyeurs"
amnésiques affamés de pouvoir. De Mélenchon à Fillon, de Coppé à Marine,
tous espèrent la chute ou le renoncement du souverain, se jouant de l'échiquier
breton pour y faire avancer leurs pions. On l’accable de tous les maux, on lui
reproche de ne pas trouver dans l’heure le remède du virus qui frappe les
français, lequel leur a été inoculé depuis trente ans par les
gouvernements successifs pour les endormir. On le tient pour
responsable de la crise du porc et des inégalités salariales entre l'Allemagne
et la France... Responsable aussi de la crise du poulet et des
incohérences de la société Doux... Responsable de l’aveuglement des petits
éleveurs qui se sont laissés plumer en « DOUXceur » par les poulailler LOUISIANNE
que leur vendait à prix fort l’industriel breton champion de l’exportation de
poulets à la chair aussi blanche que des lavabos... Responsable des
poulets brésiliens qui viennent maintenant concurrencer nos poulets français
depuis que le retrait des aides européennes ne les engraissent plus... Haro sur
ce président qui a repris l'écotaxe inventée par son prédécesseur au prix de la
vertitude si chère aux écolos... Haro sur cette France que les bretons acceptèrent en 1532 à condition de garder leurs
privilèges, une France responsable de la distribution de subventions malsaines,
d'implantations industrielles et d'un aménagement de leur territoire sans pareil ... et sans contre parties.
Mais ne blâmons pas les
bretons, eux, au moins, ils font entendre leurs voix et maintenant leurs
têtes…La Normandie et la Manche ne peuvent pas en dire autant.
Après avoir avalé le nucléaire, sans rien dire, elles attendent encore
qu’un TGV pointe son nez, et qu’une autoroute à 130kms/heure desservent le Cotentin et le désenclave... Leur patience sera enfin récompensée avec le développement d'un pôle économique Énergies Marines Renouvelables
et d'un Institut de Recherche sur le stockage de l'énergie. Une belle affaire qui redonne espoir. La Bretagne n’a pas l’intention de faire la « Manche » ; elle ne se contente pas de bonnes intentions. Hollande et son équipage ont senti le vent d’ouest leur fouetter les
joues. Ils vont barrer à tribord.
Le calme après la tempête?
Mais la France dans tout cela? Elle qui s'est prise pour le meilleur
élève de l'Europe et qui vit en situation de rêve éveillé, croyant encore que ce
qu’elle traverse n’est qu’un mauvais rêve... un rêve qui pourrait devenir très vite un cauchemar si toute les régions se mettaient la tête dans le même bonnet. Sa situation économique doit nous faire reprendre conscience des
nécessités et de l'urgence d'un présent qui nous oblige à nous serrer les coudes
et non à pousser nos concitoyens à descendre dans la rue. 56% des français se disent peu
enclins à coiffer un bonnet fut-ce t’il rouge et édifier des barricades . Pas si bêtes, ils savent bien qu'un président ne peut supporter une
charge aussi lourde à lui seul, fût-il le seul à être assimilé à un baudet. Il en va de la responsabilité des tous les élus
qui ne doivent pas confondre vitesse et précipitation. On ne guérit pas d’une
aussi longue maladie par une rééducation forcée. Mais voilà que je
me mets aussi à rêver, car la politique, hélas, a ses déviances, et l'avenir de la
France n'est souvent qu'un toboggan pour les partis et les hommes qui les
composent pour se glisser en douceur dans le fauteuil du pouvoir. Le général de
Gaulle dont la tombe vient d'être honorée, le 9 novembre par tous ses adeptes, a souvent rappelé que son parti n'était ni de droite ni de gauche; ils serait temps que nous nous en souvenions.