On sonne le tocsin
Mercredi 4 septembre, j'ai assisté
aux obsèques du père curé de Brécey, le deuxième prêtre à nous
quitter ces derniers mois dans la vallée de la Sée après celui du
canton de Saint Pois. . Malgré sa maladie incurable, il a continué
à officier jusqu'à quelques semaines avant sa mort pour ne pas laisser
orphelins ses paroissiens. Voilà un sens du devoir qui méritait bien une
oraison funèbre de son maire, président de la communauté de communes du Val de
Sée. Pas étonnant non plus que, par ce bel après midi ensoleillé, plus de 400
fidèles et de nombreux maires soient venus remplir
l'église pour le remercier et lui rendre hommage aux côtés d'une
soixantaine de prêtres dont la moyenne d'âge aurait certainement approché
les 75 ans si quelques « jeunes » laïcs ne s'étaient pas joints
à leur cortège à défaut d'enfants de cœur.
Cela dit 400 fidèles, c'est beaucoup
et c'est peu; ça ne fait que 7 à 8 % de la population de la paroisse. Il fut un
temps où il aurait fallu mettre des hauts parleurs à l'extérieur de l'église
pour que tout le monde participe à l'office. Demain, si ça continue, le public tiendra dans une cabine téléphonique..connectée avec le tout puissant bien sûr!
Je serais curieux de savoir si ce
pourcentage de pratiquants est supérieur à celui de la France
métropolitaine où, dit-on, il n'y
aurait pas plus de 4 à 5% de messalisants. Tout fout le camp. C'est peu pour un territoire rural dans
un département que l'on dit fervent et conservateur. Aussi, comme dans bien d'autres
diocèses, l'évêque de de Coutances qui vient d'être nommé pour
remplacer Stanislas Lalanne, Monseigneur Le Boulch, ancien curé
de Lannion, va devoir redoubler d'imagination et de créativité pour ramener les brebis
égarées à l'église. Avec à peine une soixantaine de pasteurs en
activité lesquels décèdent les uns après les autres pour les quelques 600
clochers du département de la Manche, il lui faudra l'assistance du Saint
Esprit pour résoudre la quadrature du cercle d'autant qu'il n'est pas
prévu d'ordination dans son diocèse en 2014. Le temps où
nous pouvions dire "Le roi est mort, vive le roi" est hélas révolu. L'abstinence a ses revers.
L'avenir de la religion
catholique dans la Manche, comme en France, est sérieusement compromise, même
si les sondages indiquent toujours une prépondérance du christianisme auquel on
attribue près de 60% d'adeptes pour 5 à 6% à l'Islam, 1% au judaïsme, et 3% aux
autres ministères, 32% étant sans religion. Mais à y regarder de plus près, on
constate que pour les 51% de catholiques de 18 à 50ans, seulement 27%
seraient croyants, 15% seraient agnostiques (doutant de l'existence de Dieu) et
9% seraient athées, se disant seulement catholiques par tradition... C'est dire
si les 45OOO églises catholiques doivent souvent rester vides. Ou à
vendre… Avec une prévision de croissance négative (66 ordinations pour 155
séminaristes en 2014) , nous allons devoir nous pencher sur le devenir d'un patrimoine
rural que les élus des communes n'auront plus les moyens d'entretenir d'ici
peu, à défaut de volonté ou de foi...
À moins que le renouveau
charismatique catholique apparu en Amérique dans les années 60 ne déferle sur la
France. Après tout, c’est la fille aînée de l’église…Et puis, sait-on jamais,
si notre président de la République continue de suivre la ligne du président
des Etats Unis nous pourrions peut être nous mettre à espérer de voir
s’ouvrir des aumôneries étudiantes
qui remportent un franc succès outre Atlantique.
D'autant que ce renouveau existe dans notre jeunesse ; quelques églises
sont bondées aujourd'hui par des gens motivés qui ne s'appuient pas sur le pari de
Pascal
pour pratiquer. Mais, ne nous y trompons pas, ce sont les congrégations les plus
conservatrices qui font recette actuellement. Elles bénéficient de nouveaux
arrivants que l'on a pu voir dans la "manif pour tous" de Frigide
Barjot
devenue, selon elle, l'attachée de presse de Jésus depuis son
pèlerinage à Lourdes en 2004. Un ralliement tardif de plus... avec une telle
communicante, je ne suis pas certain que nous puissions rêver de jours
meilleurs pour la religion catholique en milieu rural. C'est bien dommage!
André Malraux à qui l'on attribue
la fameuse formule "Le
XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas.”" voyait juste. " Le problème majeur bien
avant la fin du siècle sera le
problème du fanatisme
religieux. Si Malraux
concluait par : " la tâche du XXIème siècle sera de
réintroduire les dieux dans l'homme", Il attendait en fait
une nouvelle spiritualité aux couleurs de l'homme..." et non un retour à
l’obscurantisme comme c’est le cas avec l’Islam radical. Le plus grand danger
est de voir apparaître un choc identitaire et fondamentaliste qui
conduirait à notre perte . Alléluia!