Jeudi 6 décembre , Ouest France a publié une liste de
maires susceptibles de refuser de marier un couple homosexuel ; à la lecture de
mon nom, une amie s'est empressée de me faire part de sa déception et de sa
désespérance face à mon comportement conservateur et rétrograde, révélateur
d'un enracinement dans un terroir fermé à la modernité et à la tolérance. Je
venais certainement de noircir à jamais l'auréole progressiste que mes compatriotes m'attribuent en général.
Que n'avais- je fait là d'exprimer un sentiment nourri d'une culture judéo
chrétienne qui confine au mariage un aspect sacramentel au même titre que le
baptême, l'eucharistie ou la confirmation? Qui plus est, un sentiment conforté
par la conviction scientifique que l'accouplement a une finalité: la
procréation. Science sans conscience n'est que ruine de l'âme; cette pensée de
Rabelais s'ajoute au doute que Platon préconisait déjà avant d'agir :
"est-il bon, est-il juste"? Alors posons nous la question. Le mariage pour tous est-il réellement la voie du
droit à l'égalité? Quelle égalité? L'amour entre deux êtres est un droit. Certainement! Mais
reconnaître cet amour entre deux êtres homosexuels ne relève pas nécessairement d'un acte civil dont le but est de donner à
deux personnes qui veulent vivent ensemble des droits administratifs et juridiques ainsi que des devoirs. N'est-il pas possible de donner à cet acte civil un autre nom que
celui de mariage pour un couple homosexuel? Celui d'Union ou d'alliance par exemple? Une alliance qui
donnerait le droit d'adopter.
Il s'agit là de dialectique me direz vous; peut être!
mais une dialectique qui permet de ne pas atteindre à une culture universelle qui cimente toute l'humanité depuis sa genèse.
La question de l'adoption d'un enfant, en revanche, n'est pas une question de culture mais de sociologie et de psychologie. À
l'analyse , l'adoption relève surtout de la capacité d'un homme ou d'une femme
à éduquer un enfant avec affection , à l'épanouir et à le rendre autonome pour le
conduire à la réussite. Les risques de déséquilibre existent déjà dans tous les
couples comme dans les familles mono parentales. Mais, à bien y réfléchir, ne vaut-il pas mieux choisir
un foyer chaleureux et aimant plutôt qu'un hospice pour enfant pour accueillir
un bambin abandonné ou orphelin? Pour connaître des foyers homosexuels élevant
les enfants de l'un des membres du couple, je n'hésite pas une seconde... Les
déviances n'y sont pas plus nombreuses que dans les couples hétérosexuels.
Quant aux orphelinats, à leurs dérives et à leurs conséquences, les lectures
sur le sujet ne sont pas rassurantes. Mieux vaut un couple d'amies ou d'amis
pour assurer l'avenir d'un enfant.
C'est pourquoi , associer au débat sur le mariage homosexuel la question de
l'adoption fausse à dessein la réflexion. Il en est de même de la revendication
de l'égalité des droits, liée plus particulièrement à l'adoption; elle doit
être dissociée de l'obligation du mariage dont la finalité culturelle et
scientifique est la procréation; elle est inscrite dans les articles du code
civil que le maire lit pendant la cérémonie
avant d'unir les deux prétendants au mariage. Il s'agit là d'un dialogue
de sourds qui, une fois de plus, divise une société et des amis qui ont plutôt besoin
de faire converger leurs efforts, en ces temps difficiles, pour répondre aux
attentes d'une population dont les préoccupations actuelles sont ailleurs pour
beaucoup. S''arcquebouter sur l'emploi, le chômage et la précarité me semble
une priorité.
Pour autant, la loi s'impose à tous et aux élus qui ont
le devoir de la respecter et de l'appliquer. C'est donc avant l'adoption de la
loi qu'il faut avoir le courage de s'exprimer au risque d'apparaître rétrograde
et de décevoir des amis, pas nécessairement des amis homosexuels
qui , pour beaucoup, ne participent pas à ce
lobbying estimant devoir ne pas s'inscrire dans un courant politique non
représentatif de leurs problématiques. Au mariage ils préfèrent vaincre une homo phobie qui existe dans
tous les milieux; c'est un objectif
sociétal et culturel important. Ils savent qu'il ne
peut s'atteindre par la force de la loi
qui fait le lit des extrémistes, le mieux étant l'ennemi du bien. En revanche ,
chercher une voie médiane qui vise à rendre les citoyens égaux sans les diviser
est de la responsabilité des élus. Pourquoi faire compliqué ce qui peut être est si
simple. Substituons au mot mariage, trop connoté, celui d'alliance et tout
reviendra dans l'ordre ; seuls quelques irréductibles auront le sentiment
d'avoir perdu. Mais ce sera tout bénéfice pour un gouvernement qui a tout
intérêt à rassembler au centre.